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 Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894

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Adelayde
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MessageSujet: Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894   Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894 EmptySam 15 Jan 2011 - 17:28


Les faits

Les lecteurs du Progrès Illustré savent certainement les raisons qui ont amené Busseuil devant la cour d'assises du Rhône. Ce misérable, quoique âgé à peine de 21 ans, a assassiné lâchement une malheureuse femme nommée Clotilde Berthéas, qu'il avait accompagnée jusqu'à son domicile, montée du Gourguillon.
Busseuil appartient à cette triste catégorie d'individus qu'on nomme des souteneurs. C'est dans son monde que se recrutent tous les professionnels du crime et tous les assassins de profession. Aussi les jurés se sont-ils montrés impitoyables. Ni la jeunesse de l'inculpé, ni le souvenir de sa mère qui est, paraît-il, une brave femme, et que son avocat a invoquée à la barre n'ont pu lui faire obtenir les circonstances atténuantes. Busseuil a été condamné à avoir la tête tranchée.
Le dessin de M. Girrane le représente au moment de la déposition de la fille Hervieu, sa maîtresse, qui avait failli devenir sa victime comme Clotilde Berthéas.
En s'entendant condamner à mort, Busseuil a eu un brusque mouvement : il s'est caché la tète dans son mouchoir. Il a bien vite repris son aplomb, et c'est d'un pas ferme qu'il a suivi les gendarmes qui l'ont conduit au fourgon cellulaire pour être emmené à la prison Saint-Paul, où il est actuellement.
Nous avons déjà publié un portrait de Busseuil, mais fait d'après une photographie remontant à deux ans. Le profil que nous donnons aujourd'hui, dû au crayon do M. Girrane, a été enlevé à l'audience même. Il rend bien les traits durs de l'assassin dont, la figure vue de face est pourtant assez régulière. Au premier plan, la gravure représente la fille Hervieu, Melle Rouche assise au banc de la défense, et au second le président des assises, M. Rigot, entouré des deux assesseurs M.M. Anselme des Pomeys et Ducros. Debout, au banc de l'accusation, M. Roullet avocat général.
A Pierre Dupont
— ERRATUM. — Dans la note que nous avons publiée dans notre dernier numéro, il s'est glissé une erreur que nous devons rectifier. Pierre Dupont n'est pas mort à Saint Etienne, mais bien à Lyon, à la Croix-Rousse.

Le Progrès illustré


Les lieux

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Le crime

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Busseuil aux Assises

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L'exécution de Busseuil

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Dernière édition par Adelayde le Ven 30 Mar 2012 - 19:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Jean-Marie Busseuil - L'exécution   Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894 EmptyVen 18 Fév 2011 - 22:25

UNE EXÉCUTION CAPITALE

Exécution de Busseuil, dit Samson, l’homme au menton d'acier – Un incident

Lyon, 29 janvier.– Ce matin a eu lieu l'exécution de Busseuil, dit Samson, l'homme au menton d'acier, l'assassin de la fille Berthéas.
On se rappelle les détails du crime qui fut commis dans la nuit du 30 au 31 janvier 1893. Un sieur M…, appartenant à une famille de commerçants lyonnais, fut d'abord soupçonné et demeura 40 jours sous les verrous avant que son innocence put être clairement établie.
Le crime était classé lorsqu'un nouvel assassinat, commis boulevard de la Croix-Rousse sur la personne d'un sieur Zizlin, vint lancer les agents sur une nouvelle piste. L'agent Rey se mit en relations avec certaines notabilités du monde des souteneurs et apprit d'un nommé Chailloux, à la suite de questions habilement posées, que Busseuil, l'homme au menton d'acier, était l'assassin de la fille Berthéas.
L'agent Rey tendit un piège à Busseuil, qui se laissa prendre niaisement. L'homme au menton d'acier avoua son crime et s'étendit minutieusement, comme par forfanterie, sur les détails atroces de la mort de sa victime.
Le 29 novembre dernier le misérable comparaissait devant le jury du Rhône ; il fut condamné à mort. En entendant la sentence il manifesta, pour la première fois depuis son arrestation, quelque émotion ; encore ne fut-ce que pour adresser des menaces et des injures violentes à sa maîtresse, qui avait déposé comme témoin.
Depuis dix jours on attendait l'exécution et la foule se portait tous les matins vers le lieu habituel des exécutions. Ce matin son attente n'a pas été trompée. M. Deibler était arrivé hier et cette nuit les bois de justice étaient montés sur le cours de Charlemagne.
A six heures, MM. Raux, directeur de la prison, Chevalier-JoIy, juge d'instruction, Auxière, procureur de la République, Jacomer, substitut du procureur généra, Widor, greffier de la Cour d'appel, entrent dans la cellule du condamné. Dès qu'il entend s'ouvrir la porte de sa cellule, Busseuil se dresse sur son séant. M. Raux lui annonce qu'il n'a plus que quelques minutes à vivre. L'abbé Pontus exhorte le condamné à faire une fin chrétienne ; il l’aide à revêtir le costume qu’il portait au moment de l'arrestation et l’accompagne à la chapelle. Après la messe, Deibler prend livraison du condamné, le conduit dans la Rotonde et procède à la toilette. A 7 heures, Busseuil monte, avec l'aumônier, l'exécuteur et les aides, dans le fourgon qui vient s'arrêter quelques minutes plus tard à 10 mètres de la guillotine.
Un double cordon de gardiens de la paix et de troupes d'infanterie forme le carré autour de la sinistre machine. Les gendarmes à cheval, les gardes municipaux et un cordon de cuirassiers maintiennent la foule dans les voies adjacentes. […] La foule est compacte ; les fenêtres des maisons du cours Charlemagne et du cours Bayard sont noires de monde. […]

Tragique incident

Busseuil s'est présenté très courageusement lui-même devant la planche que l'on a fait aussitôt basculer ; mais comme Busseuil a le cou très court et que sa tête dépassait à peine la lunette, un aide le tira par les cheveux ; il manqua une première fois cette opération et il dut le ressaisir de nouveau, de sorte que le patient est resté étendu plusieurs secondes sur la planche avant d'être décapité. Finalement le couteau tombe. On entend quelques sifflets et pendant que la foule se retire, le corps du supplicié est enlevé et transporté au cimetière de la Madeleine dans un fourgon entouré par des gendarmes. Son corps n'a pas été transporté à la Faculté de médecine selon la promesse qui lui en avait été faite.
Le dernier assassin exécuté à Lyon avait été Gonachon, dont exécution eut lieu le 12 octobre 1882.

" La Presse " – n° 614 du 30 janvier 1894
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894   Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894 EmptyDim 20 Fév 2011 - 18:26




extrait du site suivant(a propos de l'ancien cimetière de la guillotière):

La première sépulture y fut faite le 2 janvier 1855, le jour même où fut définitivement fermé le cimetière de la Madeleine. Ce cimetière devint donc « l’ancien cimetière de la Guillotière », pour le distinguer du « Nouveau », créé en 1957 à proximité de l’ancien. Le cimetière a été bombardé le 26 mai 1944. Certaines tombes gardent des traces d’obus.

http://www.landrucimetieres.fr/spip/spip.php?article225

busseuil inhumé dans un cimetière fermé depuis 1855?
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894   Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894 EmptyDim 20 Fév 2011 - 18:59

http://www.archives-lyon.fr/archives/

l'acte de décès de jean marie busseuil peut etre consulté sur le site ci-dessus rubrique archives en ligne lyon 2e periode du 1/01 au 8/07 1894.


Dernière édition par poulain le Dim 20 Fév 2011 - 22:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon   Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894 EmptyDim 20 Fév 2011 - 19:09

Je pense également qu'il y a une erreur dans l'article de "La Presse". Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894 571798
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894   Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894 EmptyVen 29 Mai 2020 - 0:29

 Extrait d’un article d’Alexandre  Bérard, député de l’Ain, La publicité des exécutions capitales, publié dans les Archives d’anthropologie criminelle, de criminologie et de psychologie normale et pathologique . Année 1894.  
             
A l'heure où j'écris, il y a, à Lyon, dans la prison Saint-Paul, attendant le châtiment suprême, un affreux gredin nommé Busseuil, condamné à mort pour avoir assassiné et volé une malheureuse fille publique. On croit à son exécution immédiate ; et la tourbe de la population lyonnaise va, chaque nuit, sur la place désignée pour l'acte justicier, attendre l'exécution. Un journal lyonnais, le Lyon Républicain, en date du 18 janvier, fait le triste récit de ce qui se passe à Charrabara — c'est le nom de la place écartée où doit se dresser la guillotine : (1)
Busseuil, dit-il, est loin de se douter que, depuis plusieurs jours déjà, des centaines, des milliers de personnes, parmi lesquelles ses anciens amis, se rendent chaque nuit à Charrabara pour voir tomber sa tête.

La nuit dernière principalement, le spectacle qu'offrait la place était écœurant.
Une foule de gens, venus on ne sait d'où sont arrivés là en chantant d'ignobles chansons, faisant un vacarme infernal, réveillant les voisins. Ils ont envahi la place et y sont demeurés, comme en pays conquis, jusqu'au matin.
Et quel public ! Toutes les classes de la société s'y trouvaient représentées. Nous avons vu là une femme à l'allure respectable ayant à son bras une fillette qui. certainement, n'avait pas onze ans.
Ceux qui avaient connu Busseuil étaient fort remarqués et écoutés, on formait cercle autour d'eux et, fiers de cette popularité, ils racontaient avec énormément de mensonges â l'appui, les exploits du terrible Samson.
A les croire, ce n'est pas un seul, mais une série d'assassinats que Busseuil aurait commis. Toute cette clique était d'ailleurs filée et surveillée par les agents de la Sûreté, qui ont dû faire bon profit de ce qu'ils ont vu et entendu.
1) Busseuil, dit Samson, a été exécuté quelques jours plus tard, le 29 janvier 1894.

De 2 à 6 heures du matin, la place Charrabara a présenté l'aspect d'un véritable champ de foire. Cafés, épiceries étaient ouverts ; on buvait, on mangeait ; les marchands de gaufres circulaient au milieu de cette cohue, vendant du café, du tord-boyaux. Quelques-uns des assistants étaient même tellement persuadés de l'exécution pour le jour même qu'ils sont montés sur les arbres et y sont restés jusqu'au matin ; d'autres avaient amené près de l'endroit où se dressera la guillotine, un char à bestiaux pris on ne sait où.
Enfin, à 6 heures, tout ce joli monde est parti en chantant, se donnant rendez-vous pour le lendemain.
Les agents de la Sûreté ont procédé à l'arrestation d'une trentaine de rôdeurs.
Voilà le bilan de îa nuit.

Du reste, les jurisconsultes, théoriciens et praticiens, sont unanimes à réclamer la réforme. Les cours d'appel et les procureurs généraux consultés, ont à peu près tous répondu en disant qu'il ne fallait plus que la guillotine s'élevât sur nos places publiques; et cours et parquets, à l'appui de leur thèse, sont venus apporter de précieux et typiques arguments.
C'est ainsi que le procureur général de Poitiers a raconté que, dans cette ville, sur la place de la cité, autour de la guillotine, dans la saturnale de la tourbe roulant auprès d'elle, il avait été commis des outrages publics à la pudeur, si peu était grand le respect inspiré par l'accomplissement de l'acte suprême de la justice humaine! La vue de la guillotine, l'âpre curée du sang semble agir sur certaines natures comme l'excitant violent de leurs appétits bestiaux, de leurs tendances hystériques.

M. Reinach a mille fois raison de conclure :
La conclusion qui ressort des observations et des faits, c'est que la publicité, loin de fortifier, affaiblit l'exemplarité d e la peine. Repue à l'époque où l' échafaud s'étalait, déçue depuis qu'il se dissimule, une curiosité également malsaine est la seule passion qui anime le public des exécutions capitales. Si la peine de mort, vue de près, donne au moraliste lui-même, suivant le mot de Tourguenieff, « un sentiment » involontaire d' étonnement en présence d'un homme qu'il sait être un  » assassin  mais qui a su braver le supplice » elle donne a fortiori à la foule grossière et brutale une sensation qui n'a rien de l'horreur soit pour l'échafaud, soit pour le condamné, Au milieu des scènes immondes, querelles et soûleries, qui déshonorent ce qui devrait être la majesté d'une terrible expiation, la foule, plus séduite qu'épouvantée, se familiarise avec l'instrument du supplice au point de le plaisanter, et juge le condamné comme un acteur qu'elle hue quand il tremble, qu'elle applaudit quand il meurt avec courage.

Quant au condamné lui-même, lorsque toutefois il n'arrive pas devant la guillotine déjà mort à demi et pareil à une masse inerte, la présence de la foule lui donne une excitation fébrile qui n'est pas le moins dangereux scandale parmi toutes ces turpitudes. Les piliers de la guillotine ont été supprimés ; l'échafaud reste pour lui un tréteau. Drapé dans son crime, il songe que ses amis l'observent, qu'une légende va le célébrer dans les cénacles de la pègre et il meurt en fanfaron, narguant le couteau. L'assassin Allorto disait à l'un de ses camarades de prison qu'on allait relaxer : « Tu viendras me voir couper la tête — et il lui indiquait une bonne place « — et tu verras que je ne flancherai pas. » A la double exécution de Barré et de Lebiez, des cris de « Bravo ! » ont éclaté, s'adressant à l'impassibilité des condamnés qui saluaient de la tête. De nouveaux crimes naîtront bientôt de cette parodie de l'héroïsme,

La guillotine élevée sur la place publique n'épouvante pas les criminels, que leurs instincts entraînent à suivre le sinistre exemple de ceux qu'ils voient exécuter : elle ne fait que les familiariser avec l'appareil du supplice et le sanglant couperet ; elle ne fait que leur procurer une nuit d'effroyable orgie, un instant d'immonde jouissance, une minute de monstrueux, excitant et sinistrement réjouissant spectacle.

Oui, c'est vrai, ainsi que l'écrit M. Reinach dans son admirable rapport, « ce qui frappe le plus profondément l'imagination des hommes et surtout des foules, ce n'est pas ce qu'on voit, c'est l'invisible, et l'inconnu seul est plein de terreur. Cette puissance du mystère que les religions ont si bien comprise, la justice, elle aussi, peut en user et chercher, dans un intérêt social, à en faire son profit. Voir mourir un homme est un spectacle; sentir passer la mort est une épouvante.
Oter au peuple la vue du supplice, c'est lui en donner la crainte ; ôter au condamné la vue du peuple, c'est ne laisser en face de lui que l'expiation. Dresser la guillotine dans l'intérieur de la prison, ce n'est pas la cacher, — c'est aujourd'hui qu'elle se cache, — mais la mettre à sa vraie place ; supprimer la publicité des exécutions, ce n'est pas rapetisser la justice, c'est lui rendre sa majesté. »

Au nom du respect dû à la justice, au nom de l'intérêt bien entendu de la société, pour conserver à la peine de mort son caractère de suprême châtiment et de terrifiante grandeur, au nom même de la dignité humaine, il faut que la guillotine accomplisse son œuvre nécessaire, rigoureuse, terrible, loin des yeux de la foule sceptique, gouailleuse, livrée à tous les immondes appétits de la brute, devant les seuls témoins que le devoir oblige à être présents à l'heure terrible, devant les seuls témoins qui puisent dans cette obligation même le haut sentiment de leur tâche, la profonde conviction de leur tâche, la profonde conviction de leur triste, douloureuse et grande mission.
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894   Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894 EmptyVen 29 Mai 2020 - 18:45

Note sur l’exécution de Busseuil
(Archives d’anthropologie criminelle, de criminologie, et de psychologie normale et pathologique. Année 1894).  
Le docteur Léon blanc a suivi et observé  le condamné  jusqu’à la fin de son
exécution.



Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894 Busseu12

Jean-Marie Busseuil


Article :

Impressions du Docteur Léon Blanc

J'arrivai à la prison à 5 heures 50 minutes du matin, presque en même temps que les magistrats et que M. M... chef de division à la Préfecture, que ses fonctions ont appelé à assister déjà à diverses exécutions capitales.
A 5 heures 40, M. Raux, directeur des prisons, donne le signal et nous conduit à Saint-Paul ; chacun paraît anxieux de savoir quelle sera l'attitude du condamné. On nous dit qu'il est un peu inquiet cs jours derniers, qu'il dort plus volontiers le jour et est agité la nuit, jusqu'après l'aube, au moment où il est certain de n'être pas exécuté.
La porte de la cellule ouverte, Busseuil nous apparaît, calme ; il écoute sans sourciller les paroles du directeur qui lui annonce que son heure est proche ; je n'observe ni pâleur, ni tremblement ; à peine un léger abaissement de la commissure labiale gauche donnant à la physionomie comme un air attrapé. Il répond d'une voix ferme, sans hésitation, sans faiblesse.

On se retire pour laisser le détenu s'habiller. Plusieurs d'entre nous échangent leurs impressions, et l'on s'accorde pour trouver que le condamné est « très fort ». Il paraît que pour se coiffer il a, de ses deux mains attachées, jeté son chapeau en l'air pour le rattraper sur sa tête : le saltimbanque a repris le dessus, et Busseuil n'a pu s'empêcher de faire preuve de crânerie en exécutant un tour de sa façon.
Pendant la messe, à laquelle il a demandé à assister, Busseuil grelotte ; craignant qu'il ne se trouve mal, le gardien en chef m'appelle auprès de lui. Je lui demande s'il est fatigué ; il me répond naturellement que non, qu'il a seulement froid ; il boit une gorgée de rhum que lui offre l'aumônier placé près de lui; il affirme n'en avoir jamais bu étant en liberté. Il écoute, avec
beaucoup de tranquillité tout ce que lui dit l'aumônier, n'y répondant que par des réflexions courtes mais sensées, sans aucune excitation, sans emphase, sans forfanterie : à peine quelques mots de récrimination à l'adresse d'un soi-disant complice « aussi coupable que lui, dit-il ; d'ailleurs, tout est pardonné. » Il demande l'heure ; on lui dit qu'il est six heures : « Oh! dit-il- avec un hochement de tête et un léger mouvement d'impatience, encore une heure » ; et tournant la tête, il aperçoit un de ses gardiens, il lui dit en souriant : « Hein ; nous avons fait de bonnes parties, nous deux ? »

Me trouvant placé très près de lui je me rends compte de l'état de son pouls ; je le trouve très régulier, nullement accéléré. L'office terminé, Busseuil est amené à « la geôle » ; là, son visage est mieux éclairé, on distingue parfaitement ses moindres mouvements ; l'aspect est naturel ; le clignement des paupières est vif, rapide, l'abaissement de la commissure des lèvres a disparu ; le condamné ne paraît nullement absorbé par des réflexions. Assis sur un banc, il boit une tasse qu'on lui a présentée, en la portant lui-même à la bouche sans le plus léger tremblement. Il allume, toujours lui-même, une cigarette à la lampe placée près de lui ; à une observation qu'on lui fait de ne pas renverser celle-ci, il répond d'un air dégagé : « Oh ! pas de danger ! je suis équilibriste. »

Cette insouciance fait mal à voir ; les assistants en sont étonnés, et avouent qu'ils ne s'attendaient pas à une indifférence aussi complète ; on y sent un peu de cabotinage, témoin sa dernière réponse; mais en somme le condamné ne montre pas la moindre faiblesse, pas la plus petite défaillance; depuis qu'il est à la Geôle, il s'est réchauffé et ne grelotte plus ; il en fait lui-même la remarque : il cause le plus tranquillement du monde ; il parle de ses gardiens dont il fait l'éloge ; il raconte que le matin même, il allait se coucher, croyant que l'heure de l'exécution était passée pour ce jour-là, lorsque sa cellule s'ouvrit. « Bah ! dit-il, de l'air le plus indifférent, supposé que j'ai été gracié et que trois jours après je sois mort de mort subite ; ce serait bien la même chose. Et moi qui comptais faire des tours d'équilibre à la Nouvelle ! Enfin, tant pis. » Il tourne de temps en temps la tête, lorsqu'une porte de la geôle vient à s'ouvrir ; est-ce une inquiétude ? Le visage reste sans un mouvement qui trahisse une pensée quelconque, toujours la même impassibilité ; rien qui dénote un regret, un repentir, un sentiment affectif quelconque. On dirait que le condamné n'a pas conscience de sa destinée, que ce n'est pas lui dont la tête va tomber dans un instant.
Il achève sa cigarette dont il lance la fumée par bouffées régulières, avec une insouciance parfaite. Il fait à peine une allusion indirecte à sa mère. « C'est ennuyeux, surtout pour la famille » mais tout son attendrissement se borne là.

Il est bientôt sept heures ; un mouvement se fait parmi les assistants; l'heure approche et l'on voit entrer Deibler et ses aides. Busseuil les regarde sans un tressaillement, sans la moindre émotion. Il se laisse conduire vers un banc où il s'assied pour les derniers préparatifs ; ses mains sont ramenées derrière le dos, fortement liées et la chemise est échancrée aux ciseaux ; quand l'instrument arrive sur l'épaule gauche, Busseuil tourne simplement la tête, il n'a pas éprouvé un frisson,ni fait un mouvement ; comme on l'a dit, son indifférence paraît absolue, un des assistants la compare avec l'attitude de Ravachol dont l'insigne faiblesse faiblesse se déguisa mal sous une forfanterie grossière.

Il est bientôt sept heures ; un mouvement se fait parmi les assistants; l'heure approche et l'on voit entrer Deibler et ses aides. Busseuil les regarde sans un tressaillement, sans la moindre émotion. Il se laisse conduire vers un banc où il s'assied pour les derniers préparatifs ; ses mains sont ramenées derrière le dos, fortement liées et la chemise est échancrée aux ciseaux ; quand l'instrument arrive sur l'épaule gauche, Busseuil tourne simplement la tête, il n'a pas éprouvé un frisson, ni fait un mouvement ; certain que la tenue du condamné fait impression sur les spectateurs qui ont le tort, croyons-nous, d'y voir une preuve de grand courage et de fermeté supérieure.

Les derniers apprêts terminés, Busseuil est conduit dans la cour de la prison et enfermé dans la voiture cellulaire, en compagnie de Deibler et des aumôniers ; il est rapidement arrivé au lieu où est dressée la guillotine. Pendant le trajet, la foule m'a paru moins bruyante, moins indécente que je ne m'y attendais ; néanmoins ce n'est pas sans un vif sentiment de dégoût que j'ai vu des enfants de huit à quinze ans, suivre la voiture en courant et échangeant des lazzis et des expressions ordurières ou d'argot. Le seul sentiment qui se fasse jour chez ces gamins, c'est la curiosité ; ce n'est pas pour eux que l'exécution de Busseuil sera une leçon de morale ou un spectacle salutaire. Ils n'y pensent même pas. A voir leur mine épanouie, c'est pour eux un spectacle divertissant comme un autre, plus rare, voilà tout.

Mais la voiture s'est arrêtée ; la guillotine est installée à quelques pas, au milieu du cours Charlemagne, en face du groupe scolaire ; son aspect n'est pas aussi terrifiant que je l'aurais cru ; on l'a, paraît-il, un peu simplifiée , au ras du sol, elle est visible de moins loin, et l'exécution sera aperçue d'un moins grand nombre de spectateurs.
La portière s'ouvre, Busseuil paraît ; il est un peu pâle, et je note à nouveau l'abaissement de la commissure dont j'ai déjà parlé ; il regarde la foule, massée de chaque côté du cours Charlemagne, contenue par une haie de factionnaires, le dos tourné à la guillotine, les gendarmes à cheval et sabre au clair qui ont formé cortège depuis la prison.

Ce spectacle, qui est vraiment imposant, ne paraît pas l'impressionner beaucoup ; il descend le marchepied, embrasse les aumôniers et leur dit quelques mots d'une voix très calme, sans l'ombre d'une faiblesse, du ton le plus naturel ; il ne grelotte pas, malgré que la température ne soit pas très douce ; il demande à voir son avocat et sur la réponse qu'on lui fait que ce dernier n'a pu l'accompagner. « Tant pis », dit-il, et d'une allure très détachée, il marche vers la guillotine, aussi bien que le lui permettent ses pieds entravés.

Quelques personnes ont dit qu'à ce moment il était plus mort que vif ; je n'ai, pour ma part, observé rien de tel ; le condamné n'avait ni un frisson, ni un tremblement ; sur son visage, pas la moindre trace de désespoir, de chagrin ou d'abattement. Il arrive devant la bascule et y est couché ; à ce moment, un cri part de la foule, j'avoue que l'émotion est grande à ce moment parmi les assistants ; quelques-uns de ceux qui se trouvent près de moi sont pâles et visiblement mal à l'aise. L'impression que l'on ressent à voir un homme ainsi jeté brusquement sur la planchette est des plus pénibles.

La lunette est placée, le couteau tombe, un flot rouge jaillit, qui teint le couteau et la lunette; le corps est immédiatement jeté dans un caisson situé à droite de la guillotine, le tout si rapidement qu'on a peine à s'en rendre compte.
Je m'approche alors et constate que des carotides s'échappe en jets rythmés un sang très rouge ; j'estime à vingt centimètres la hauteur du jet au-dessus de la section quand j'ai vu le corps, cinq secondes environ après l'exécution. La fréquence des contractions du cœur était plus grande que le matin, on pouvait l'estimer à soixante-dix par minute. Quant à la figure, je n'ai pas observé de contraction des muscles ; l'expression du masque facial est nulle. Le corps est immédiatement enlevé pour l'inhumation.

Je n'ai à dessein jusqu'ici, donné que le récit pur et simple des faits; est-il permis d'en tirer quelques considérations ou d'y trouver, non le sujet de quelque méditation sur la mort, mais de quelques réflexions sur le criminel ?
Il est évident qu'à s'en tenir aux apparences, Busseuil est mort courageusement, il n'a pas eu la moindre défaillance, il n'a pas affiché la forfanterie de certains condamnés; à peine quelques vestiges d'allure cabotine auxquelles son métier l'avait façonné. C'est avec le plus grand sang-froid que cet homme a entendu son arrêt et subi sa peine. Est-ce là du courage? Le courage est-il donc chose si commune, si facile à acquérir, qu'une brute comme celle qui est sous nos yeux en paraisse amplement pourvue ?

il n'a pas eu la moindre défaillance, il n'a pas affiché la forfanterie de certains condamnés; à peine quelques vestiges d'allure cabotine auxquelles son métier l'avait façonné. C'est avec le plus grand sang-froid que cet homme a entendu son arrêt et subi sa peine. Est-ce là du courage ? Le courage est-il donc chose si commune, si facile à acquérir, qu'une brute comme celle qui est sous nos yeux en paraisse amplement pourvue ? Où cet homme, qui n'est soutenu par aucun des grands mobiles qui enfantent les actions héroïques ou inspirent les grands sacrifices, a-t-il pris la fermeté d'accepter son sort sans un murmure, avec la plus entière résignation ? Comment, dans l'abaissement moral, où il n'a presque pas cessé de vivre depuis longtemps, a-t-il trouvé encore la force de mourir sans une parole de révolte, de colère ou même de simple regret. Ce n'est pas dans l'excitation factice de l'alcool qu'il faut chercher le secret de ce courage apparent, le condamné en a peine goûté. Nous n'y voyons, pour nous, qu'une absence de sensibilité, qu'une perversion profonde des sentiments affectifs, qui fait que ce criminel ne ressent pas d'émotion là ou une nature normalement organisée en éprouverait une violente. Le désespoir, le chagrin, le regret, le repentir, sont des sentiments complexes qui ne trouvent pas place dans ces consciences ainsi privées de sensibilité morale.

De même qu'une hystérique peut supporter les piqûres, brûlures, sans en souffrir, de même ces criminels, dépourvus de tout sens moral, qui, pour une somme minime, pour un enjeu dérisoire, comme cela s'est vu quelquefois, commettent un assassinat et ne sont nullement émus des conséquences de leurs crimes, ne réfléchissent pas plus sur leur propre sort qu'il n'avaient réfléchi sur celui de leurs victimes ; la vie pèse fort peu pour eux, même leur propre vie, et la même absence de sens moral qui les rend incapables de tout effort pour travailler et gagner honnêtement leur vie, leur enlève aussi la faculté de sentir ce qu'il y a de terrible dans l'expiation. Telle est l'interprétation à notre sens, qu'il faut donner à cette impassibilité de Busseuil et de quelques autres criminels et qui pourrait en imposer pour du courage. Ce serait créer à ces misérables une réputation bien usurpée. Il nous semble aussi que ce serait un argument de plus pour faire exécuter désormais les criminels dans l'intérieur des prisons; car c'est toujours un triste spectacle, que celui d'un vulgaire criminel qui meurt avec toutes les apparences d'une sublime résignation et auquel pas malade ceux qui assistent au supplice sont tentés d'attribuer des attitudes de héros. Beaucoup de ceux qui revenaient de l'exécution de Busseuil le louaient de sa fermeté et de son énergie. Il vaudrait mieux ne pas rendre public un spectacle qui prête à de pareilles illusions.


Sur cette exécution voir la note de Sylvain Larue dans son https://laveuveguillotine.pagesperso-orange.fr/Palmares1871_1977.html (16 février 1894 - Niort) : orange.fr/Palmares1871_1977.html[/size]
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894   Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894 EmptySam 30 Mai 2020 - 18:50

Il faut quand même en avoir quelque part ?
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894   Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894 EmptyLun 17 Aoû 2020 - 12:52

Il y a tout même une chose qui m'interpelle , sur le dessin ou l'on voit la cour d'assise ? le crucifix?
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MessageSujet: Re: Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894   Jean-Marie Busseuil - le crime du Gourguillon - 1894 EmptyLun 17 Aoû 2020 - 20:16

Vivier, la Loi de séparation des églises et de l'état ne sera adoptée que 11 ans plus tard. Ce n'est qu'ensuite que Marianne remplacera le crucifix.
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