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 À la recherche du général Alexandre Dumas

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Titange
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Titange


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MessageSujet: À la recherche du général Alexandre Dumas   À la recherche du général Alexandre Dumas EmptyDim 28 Aoû 2022 - 1:47

Parti à la recherche du général Alexandre Dumas tel qu’il a réellement été et non pas tel que son célèbre fils du même nom l’a magnifié dans ses Mémoires, Claude Ribbe découvre donc dans son Général Dumas paru chez Tallandier l’année dernière un petit colosse de «5 pieds 8 pouces» doué d’une force prodigieuse mais néanmoins incapable de «soulever, suspendu à une poutre à la seule force de ses bras, un cheval serré entre ses cuisses», et pourvu, surtout, d’un tempérament des plus intrépides qui, par rapport à la guillotine, se manifeste avec éclat par deux fois à Bayonne à l’automne de 1793 et à Saint-Maurice, dans les Alpes, à l’été de 1794.

Bayonne

Nommé à la tête de l’armée des Pyrénées occidentales en septembre 1793, Dumas n’aménage à Bayonne le 23 octobre que pour s’attirer l’antipathie des responsables politiques locaux qui l’ont logé sur la place où se déroulent les exécutions et lui reprochent de fermer ostensiblement ses fenêtres chaque fois qu’elles ont lieu, sous les invectives des extrémistes qui le surnomment pompeusement «Monsieur de l’Humanité».

À Paris le Comité de salut public, désireux de calmer le jeu sans blâmer trop ouvertement qui que ce soit, demande le 30 novembre à Dumas de prélever sur ses effectifs un détachement de dix mille hommes et de le conduire en Vendée où, le 22 décembre, il est réaffecté au commandement de l’armée des Alpes bientôt assujettie à la surveillance du proconsul déchristianisateur Antoine-Louis Albitte qui de janvier à mai 1794, en mission dans les départements de l’Ain et du Mont-Blanc, y a fait enlever de quelque 800 églises 1,500 ou 1,600 cloches fondues en canons.(1)

Dépêché auprès de lui le 6 juin 1794, Albitte ne s’en laisse pas imposer par les éclatantes victoires que Dumas vient de remporter au col du Petit-Saint-Bernard le 23 avril et au col du Mont-Cenis le 13  mai, et signale au Comité de salut public qu’il n’a pas craint d’empêcher la guillotinade prévue de quatre résidents de Saint-Maurice trouvés coupables d’avoir soustrait les cloches du village à leur réquisition patriotique.

Saint-Maurice


À la suite du romancier Dumas dans ses Mémoires, tant André Maurel dans ses Trois Dumas en 1896 qu’Ernest d’Hauterive dans Un soldat de la Révolution. Le général Alexandre Dumas en 1897, ont enjolivé ce sauvetage incongru de Saint-Maurice d’un autodafé domestique :

«Qu’avait-il donc fait?», demande ainsi Maurel.

«Passant dans le village de Saint-Maurice, il avait vu son ennemie, la guillotine, toute dressée.

« - Qui exécute-t-on?

« - Quatre pauvres diables coupables d’avoir voulu soustraire à la fonte les cloches de l’église.

«Une heure après, le général et son état-major se chauffaient les pieds avec le bois de la guillotine!»

Et d’Hauterive en citant Dumas le romancier :

«Mon père était entré par un temps très rigoureux dans le petit village de Saint-Maurice. 

«La première chose qu’il avait aperçue sur la grande place du village, c’était une guillotine toute dressée et prête à fonctionner.

«Il s’était informé et avait appris qu’on allait exécuter quatre malheureux, coupables d’avoir essayé de soustraire à la fonte la cloche d’une église.

«Le crime n’avait point paru à mon père digne de mort, et, se retournant vers le capitaine Dermoncourt, qui devait bientôt devenir son aide de camp :

« - Dermoncourt, lui avait-il dit, il fait très froid, comme tu le vois, et comme tu peux même le sentir; nous ne trouverons peut-être pas de bois à l’endroit où nous allons; fais donc démolir et emporter cette vilaine machine peinte en rouge que tu vois là-bas, et nous nous chaufferons avec.

«Dermoncourt, habitué à l’obéissance passive, avait obéi passivement.

«Cette opération, exécutée avec une rapidité toute militaire, embarrassa beaucoup le bourreau, qui avait quatre hommes à guillotiner et qui n’avait plus de guillotine.

«Ce que voyant, mon père eut pitié du pauvre homme, prit les quatre prisonniers, lui en donna un reçu, et les invita à gagner le plus vite possible la montagne.

«Les prisonniers, comme on le pense bien, ne se le fire pas dire deux fois.

«Par un miracle, mon père ne paya point de sa tête ces quatre têtes qu’il avait sauvées; et, grâce à la prise du Saint-Bernard et du Mont Cenis, on lui pardonna cet attentat patriotique (...) 

«Fut-il sauvé par les services qu’il avait rendus? Dut-il son salut au 9 thermidor? nous ne saurions le dire».(2)

Apparemment le général Dumas, convoqué le 24 juin à Paris par Collot d’Herbois au nom du Comité de salut public - «Citoyen général, tu es invité à quitter à l’instant l’armée des Alpes et à te rendre à Paris pour répondre aux accusations dont tu es l’objet» -, n’eut selon Ribbe à se défendre que d’avoir fait «démonter» la guillotine de Saint-Maurice et put se retirer chez lui à Villers-Cotterêts en attendant que le Comité, où Lazare Carnot le jugeait indispensable à l’effort de guerre de la république, statue sur son compte.

Et le 16 août 1794, au lendemain de la défaite des révolutionnaires purs et durs en Thermidor, au lieu d'être sanctionné par le gouvernement, il fut transféré à l’armée de l’Ouest à la plus vive satisfaction de son protecteur Carnot.(3)

________________

(1) Le 23 juillet 1793, la Convention a pris un décret qui voue à la fonte toutes les cloches du pays à l’exception d’une seule cloche-tocsin par paroisse.
(2) «Si Paul Dermoncourt (...) a bien été l’aide de camp du général, ce n’est (...) que plus tard», observe Ribbe qui à Saint-Maurice lui adjoint plutôt Carrière de Beaumont ou Jean-Louis-Brigitte Espagne.
(3) En 1957 André Maurois adopte lui aussi dans ses Trois Dumas, sur un ton plaisant, l'hypothèse peu vraisemblable d’un général «Dumas qui faisait brûler, pour se chauffer, les bois de la guillotine»; on se serait attendu à davantage de sens critique de sa part...


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