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 1894 - Lesteven, un condamné à mort qui s'échappe...et se suicide

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mercattore
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MessageSujet: 1894 - Lesteven, un condamné à mort qui s'échappe...et se suicide   1894 -  Lesteven, un condamné à mort qui s'échappe...et se suicide EmptyLun 12 Sep 2022 - 14:15


Lesteven, de son prénom Henri-Louis, figure dans le Palmarès des Condamnés à mort, de Sylvain Larue :
https://laveuveguillotine.pagesperso-orange.fr/Condamnations1870-1981.html
La dangerosité de Lesteven a précipité des femmes dans un cauchemar indicible. Le typographe-écrivain Emile Chautard, auteur de La vie étrange de l’argot, de Goualantes de La Villette et d’ailleurs, d’un Glossaire typographique et membre de la Société historique de Paris, s’était penché sur le cas Lesteven.

Voici l’écrit d’Emile Chautard :

… « Parmi les chenapans de Montmartre, un nommé Lesteven, dit « l’ Espagnol », figure au premier plan. Souteneur, voleur, alcoolique et titulaire de six condamnations, il fut condamné à mort pour tentatives de meurtre en février 1894.

Cet homme éprouvait un plaisir sadique à torturer les femmes qu’il racolait dans les fêtes de quartier, sur les bancs du bd de Sébastopol, aux alentours des gares, etc., et qui avaient la fâcheuse idée de l’accompagner à son domicile, où il se livrait sur elles à des actes contre nature.
D’autre part, une manie étrange obsédait cet individu : celle de jeter les femmes par la fenêtre de son logement, après avoir assouvi sa passion. Ce fut le cas d’une « bonne », rencontrée au hasard, lancée dans le vide par Lesteven, rue des Trois-Frères (18ème), où il demeura quelque temps.

Probablement gêné dans ses forfaits, et pour se dérober à la vue des indiscrets, il loua plus tard une chambre au quatrième étage d’une maison située rue Hassard (derrière les Buttes-Chaumont), chemin étroit et sombre commençant rue du Plateau et se terminant rue Botzaris, qui, elle, évoque le souvenir d’une femme coupée en morceaux et dont la tête fut découverte dans les parages.

C’est dans ce logis, dont les murs étaient tapissés de chromos représentant les généraux de la première République et meublé simplement d’un lit de fer, commode, table et deux chaises, que le criminel brisa les dents à Marguerite Drourt, frappa griévementd’un coup de couteau Blanche Glatigny, roua de coups Eugénie Ramponneau, qui faillit passer par la fenêtre ; maltraita Jeanne d’Auge et lui fit perdre connaissance en la bâillonnant à l’aide de sa chevelure, enroulée au poignet du brigand, qui profita de cet évanouissement pour commettre sur elle un rapprochement contre nature, et quand le malheureuse eut repris ses sens, Lesteven, après l’avoir menacé de la jeter par la fenêtre, termina ses cruautés en lui arrachant les cheveux à poignées, ains que les poils du pubis et des aisselles, et s’endormit ; cette jeune fille, qui fut séquestrée pendant quarante-huit heures s’échappa de cet enfer le troisième jour de sa claustration.

  Une autre demoiselle, très jolie, mais disgraciée de la nature, eut ainsi la mauvaise fortune de rencontrer « l’ Espagnol », et suivit celui-ci dans sa demeure, où elle y fut frappée avec sauvagerie ; en chemise, de l’asile diabolique, et après avoir sollicité le secours des voisins qui, par pitié, lui cédèrent des vêtements pour se couvrir, elle gagna le large.

  Un chiffonnier rendait chaque jour visite au terrain abandonné et s’emparait des frusques que Lesteven y lançait de la fenêtre.
La dernière victime de ce bandit se nomme Mathile F…, dont il fit connaissance, en flânant, à la fête de la place Armand Carrel (19ème).
Après avoir été abordée par l’« Espagnol », la jeune fille accepta de prendre une consommation avec lui.
Au cours de leur  conversation chez le débitant, il apprit que la demoiselle était sans occupation et proposa aussitôt à celle-ci de l’employer pour son compte en qualité de bonne. Cette fonction fut acceptée avec plaisir par l’inoccupée, puis le « patron » mena la domestique rue Hassard, afin d’entrer en fonction immédiatement.

Arrivés tous deux à destination, le coquin présenta à Mathilde la chambre qu’il occupait comme étant celle de la servante, alors que son appartement se trouvait à l’étage inférieur.
  Après avoir fermé la porte de la pièce, Lesteven bondit et étreignit la jeune fille pour se livrer sur elle à sa pédérastique passion. Frémissante de colère, la « bonne » se défendit avec vigueur et put se dégager un instant des enlacements du forcené qui, rendit furieux  par la résistance de Mathilde à ne pas se laisser violenter, se mit à la frapper de ses poings, puis, tirant un révolver de sa poche, fit feu par deux fois et blessa sa victime au front ; ensuite, pendant que le sauvage heurtait de la main gauche la tête sanguinolente de la malheureuse contre la porte, il cognait de la droite le visage de celle-ci avec la crosse et le canon de son arme, retrouvé bouché de chair.

Alors, les lèvres fendues, les deux dents brisées et les autres ébranlées, l’infortunée s’effondra er demanda grâce à son bourreau qui, cependant, continuait de le battre en hurlant « Ta dernière heure est arrivée : Je vais te tuer ! », et poussa le cynisme jusqu’à mettre Mathilde à genoux , en l’obligeant de répéter ces mots despotiques tels que « pardon, mon maître, grâce ! »
   Après avoir refusé un verre d’eau que la martyre demandait, Lesteven ouvrit la fenêtre, l’empoigna et la lança dans le vide du quatrième étage.

1894 -  Lesteven, un condamné à mort qui s'échappe...et se suicide Chauta11

La croix indique d’où est tombée Mathilde  F… (de fait, Mathilde Forty) basculée par Lesteven.

(Document E. Chautard)

 Dans sa descente, le corps resta suspendu à des tasseaux placés devant une fenêtre au deuxième étage, servant à étendre le linge, et dont les clous plantés dans le bois déchirèrent les jambes de la malheureuse. Un instant après, la grossière charpente se rompit sous le poids de la loque humaine, qui fut arrêtée de nouveau dans sa chute à l’étage au dessous, brisant la barre d’appui de la croisée ; enfin, pantelante, Mathilde vint s’abattre dans la courette de la maison, où elle se cassa un fémur..
   La jeune fille, qui avait l’âme chevillées au corps, ne mourut pas de ses nombreuses blessures, mais resta estropiée.

Comme nous l’avons déjà dit, l’« Espagnol » fut condamné à mort, mais il ne fut pas exécuté, s’étant suicidé à la prison de le Grande-Roquette, dans des circonstances assez bizarres : au moment où il se rendait à la « promenade », accompagné des inspecteurs qui le surveillaient, Lesteven se sauva sans que ceux-ci pussent le rattraper, et, montant un escalier, il se hissa jusqu’à une petite lucarne, d’où il se précipita dans le vide à son tour et s’abattit sur le sol ».

Fin de la transcription.

Remarque
. Les deux médecins ayant examiné Levesten pendant sa détention l’ont déclaré pleinement responsable de ses actes. Connaissant la genèse de l’affaire on ne peut qu’émettre des réserves importantes sur leur diagnostic !

Boulevard de Sébastopol. Son nom, transformé par apocope (abréviation d’un mot par suppression…. ) a servi pour désigner les environs de ce bd, long de plus d’un kilomètre. On disait : le, au, Sébasto (nous le disions, le dit-on encore ? Il était aussi désigné par Topol, plus actuel parait-il, que nous n’avons jamais utilisé).
Le Sébasto, était, de longue tradition, un milieu où vivait la prostitution.

1894 -  Lesteven, un condamné à mort qui s'échappe...et se suicide Clapie16

Le Sébasto. Croisement des rues Saint-Denis et de la Grande Truanderie.
Longtemps, un fameux lieu pour péripatéticiennes.
(document Joseph Hémard. Dessinateur et illustrateur. 1860-1961)

Quelques quartiers de Paris étaient (parfois encore aujourd’hui) nommés par apocope : la Bastille (11ème) = la Bastoche, Montparnasse (14ème 6ème) = Montpar, le quartier Maubert (5ème) = la Maub, la rue Quicampoix (3ème) = la Quincamp', des édifices, l’hôpital de la Salpétrière (13ème) = la Salpé, la rue Croulebarbe [13ème) (un temps mal famée] = la Croul
Vidéo, sans apocope : Auteuil, Neuilly, Passy >  https://www.youtube.com/watch?v=L1N3WXZ_1LM

Emile Chautard. On connait assez peu choses sur sa vie.
Il serait né en 1864 et la date de son décès est inconnue (celle indiquée par Wikipédia est fausse, elle concerne un homonyme Américain, d’origine française, émigré aux Etats-Unis, acteur et réalisateur au cinéma ! ).
    L’on sait, par le lexicographe Gaston Esnault, qu’Emile Chautard chanta vers 1892-1896, à Paris, dans le quartier de la Villette (19ème), et fréquenta les bals populaires.

Gaston Esnault, à propos d’Emile Chautard (in Le Mercure de France[/b]) : « Il composait de belles goualantes, et avait assez de voix et d’assurance pour les pousser à Montmartre ».
Ouvrier typographe à l’imprimerie Sémart, rue du Croissant (2ème), il reçut, en 1937, les palmes académiques des mains du ministre Jean Zay **
Ecoutez(INA) : ICI

Gaston Esnault n’est pas très tendre dans sa critique sur l’ouvrage d’Emile Chautard La vie étrange de l’argot (voir la revue Mercure de France[/i], n°833, du 01-03-1933), malgré la terminaison plutôt sympathique de son article. Il est plus favorable, dans un très long article à un ouvrage du professeur Lacassagne L’argot du milieu rédigé avec l’argotologue Pierre Devaux.

Gaston Esnault, surLa vie étrange de l’argot : finale de son article : « Le bon du livre demeure, malgré du tohu-bohu, d’être une braderie, les souvenirs d’une oreille curieuse, exposition dans laquelle je démêle un millier de choses pas encore livrées à l’impression et cinq cent dont je fais mon profit ».

1894 -  Lesteven, un condamné à mort qui s'échappe...et se suicide Chauta14

Emile Chautard, à l’extrême droite (1929).
(Cliché, agence Meurisse. gallica.bnf.fr).

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Les typos avec Emile Chautard (1929).
(Cliché, agence Meurisse. gallica.bnf.fr).


** Jean Zay. Ministre de l’Education nationale et des Beaux-Arts, assassiné par la Milice le 20 juin 1944, dans des conditions sordides. Son assassin, le milicien Charles Develle, fut condamné aux TF à perpétuité en…1953, et libéré…deux ans plus tard.
Un timbre a été émis en mémoire de Jean Zay, en 1984. Il est entré en 2015 au Panthéon.


Dernière édition par mercattore le Mer 16 Nov 2022 - 9:04, édité 10 fois

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1894 -  Lesteven, un condamné à mort qui s'échappe...et se suicide Chauta14

Emile Chautard, à l’extrême droite (1929).
(Cliché, agence Meurisse. gallica.bnf.fr)

Emile Chautard. On connait assez peu choses sur sa vie.
Il serait né en 1864 et la date de son décès est inconnue (celle indiquée par Wikipédia est fausse, elle concerne un homonyme Américain, d’origine française, émigré aux USA, acteur de théâtre, et acteur et réalisateur au cinéma ! ). L’on sait, par le lexicographe Gaston Esnault, que Chautard chanta, vers 1892-1896, à Paris, dans le quartier de la Villette (19ème), et fréquenta les bals populaires.
Gaston Esnault, à propos d’Emile Chautard, (in Le Mercure de France) : « Il composait de belles goualantes, et avait assez de voix et d’assurance pour les pousser Montmartre ».
Ouvrier typographe à l’imprimerie Sémart, rue du Croissant (2ème), Chautard reçut, en 1937, les palmes académiques des mains du ministre Jean Zay **. Emile Chautard répond en argot au ministre.
Ecoutez(INA) : ICI

Gaston Esnault n’est pas très tendre dans sa critique sur l’ouvrage d’Emile Chautard La vie étrange de l’argot (voir la revue Mercure de France, n°833, du 01-03-1933), malgré la terminaison plutôt sympathique de son article. Dans un très long article, il est plus favorable à un ouvrage du professeur Lacassagne, de Lyon, L’argot du milieu rédigé avec l’argotlogue Pierre Devaux.
Finale de l’article d’Esnault sur La vie étrange de l’argot : « Le bon du livre demeure, malgré du tohu-bohu, d’être une braderie, les souvenirs d’une oreille curieuse, exposition dans laquelle je démêle un millier de choses pas encore livrées à l’impression et cinq cent dont je fais mon profit ».

1894 -  Lesteven, un condamné à mort qui s'échappe...et se suicide Chauta15

Les typos avec Emile Chautard (1929).
(Cliché, agence Meurisse. gallica.bnf.fr).

** Jean Zay. Ministre de l’Education nationale et des Beaux-Arts, assassiné par la Milice le 20 juin 1944, dans des conditions sordides. Son assassin (il l’abattit dans le dos), le milicien Charles Develle, fut condamné aux TF à perpétuité en…1953, et libéré…deux ans plus tard.
Un timbre a été émis en son honneur par la poste, en 1984. Il est entré en 2015 au Panthéon.

L’écrivain Louis-Ferdinand Céline possédait la Vie étrange de l’argot dans son appartement. Jusqu’à quel point cet ouvrage a-il imprégné Céline dans son oeuvre  ?  D’une importante façon, répondent les critiques.
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