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Forum consacré à l'étude historique et culturelle de la guillotine et des sujets connexes
 
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Titange
Nemo
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MessageSujet: Voulez-vous...   Voulez-vous... EmptyJeu 29 Juil 2021 - 18:51

... un avant-goût de ce que va contenir "Le couperet de l'éternité" ?

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Titange
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MessageSujet: Re: Voulez-vous...   Voulez-vous... EmptyJeu 29 Juil 2021 - 19:47

J'allais vous le demander, et vous demander aussi au nom de mon ami Bertrand qui aurait besoin de vos lumières à ce sujet quelle était la composition exacte de l'équipe qui en 1870 a expédié Jean-Baptiste Troppmann ad patres.

Malgré les témoignages de Maxime Du Camp, d'Ivan Tourgueniev et d'Albert Wolff, il semble qu'un certain flou subsiste à ce propos.

Jean-François Heidenreich bien sûr, et Nicolas Roch, mais encore? Nicolas-Placide Doublot? Émile Grosholt?

Qu'en dites-vous, cher maître?

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smic77230
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MessageSujet: Re: Voulez-vous...   Voulez-vous... EmptyJeu 29 Juil 2021 - 20:22

Avec grand plaisir Sylvain Wink

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Nemo
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MessageSujet: Re: Voulez-vous...   Voulez-vous... EmptyJeu 29 Juil 2021 - 21:05

Cher maître : aussi flatteur que cela soit, je suis un peu gêné qu'on puisse me qualifier ainsi... Merci toutefois.

La composition de l'équipe de Troppmann...

Bonne question.

Il n'y a rien de surprenant au fait que les auteurs ayant raconté l'exécution ne se soient pas préoccupés des noms des adjoints (rappelons que rares étaient les témoignages faisant état de la personne des exécuteurs).

Ceci dit, les quelques rares articles à en faire mention me semblent suffisamment précis pour admettre qu'ils soient véridiques.

Jean Stanislas Emile Grosholtz n'a même pas connu la fin des équipes des cours d'appel. Il est mort le 14 mai 1870 chez lui, dans le 19e arrondissement.

Doublot n'a jamais quitté Paris après 1871, et son acte de décès, le 1er novembre 1880 dans le 18e arrondissement le précise "rentier". Je pense qu'on peut en déduire qu'il est resté en activité jusqu'à la création de l'équipe "nationale".

Le fait qu'ils vivent toujours à Paris en 1870, plutôt que d'aller finir leurs jours en province, aurait tendance à me faire penser qu'ils étaient bien les adjoints d'Heidenreich lors de l'affaire Troppmann.

Mais cela reste mon opinion, née de suppositions et non de preuves.

Il faudrait pour s'en assurer avoir accès à des documents que je n'ai pas encore vus (peut-être Sylvain Michot en a connaissance).

Certains témoignages parlent de la présence de Roch, mais devenu chef, ce dernier aurait dit, dans une interview que j'ai du mal à resituer, qu'il n'en était rien.

Il est possible qu'ils aient agi en équipe "réduite", avec seulement les aides, mais les articles font mention d'un "mécanicien", que je suppose être un troisième adjoint dont la mission principale portait sur le montage des bois plus que sur la prise de possession du patient.

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MessageSujet: Re: Voulez-vous...   Voulez-vous... EmptyJeu 29 Juil 2021 - 21:15

Bon... eh bien, plutôt que de jouer, autant vous partager la table des matières (pré-corrections) !

Voulez-vous... Table110

Voulez-vous... Table210

Voulez-vous... Table310

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MessageSujet: ooo China   Voulez-vous... EmptyJeu 29 Juil 2021 - 22:19


Very interesting question and very litlle informations....
Of course everybody know about "Berger" sold to China
but maybe is something more....
Please open your private messages box ;-)

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Titange
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MessageSujet: Re: Voulez-vous...   Voulez-vous... EmptyJeu 29 Juil 2021 - 23:27

L'indubitable probité de Nicolas Roch qui, par surcroît, contrairement à un grand nombre de ses collègues, était d'une grande sobriété, me porte à croire qu'il n'était pas aux pompes funèbres de Troppmann s'il l'a lui-même spécifié, et qu'Heidenreich a dû effectivement être secondé cette nuit-là par les seuls Grosholt et Doublot qu'Albert Wolff place du reste au centre de l'espèce de fête indécente du tout-Paris en lesquelles ces pompes funèbres se sont transformées sans que le directeur de la Roquette, le sévère Laroche d'Oisy, y puisse grand chose.

Mais nous y reviendrons voulez-vous un autre tantôt - car l'événement mérite d'être raconté avec un certain luxe de détails -, après que vous nous ayez gratifiés, au-delà de votre alléchant sommaire, de quelques pages de votre Couperet de l'éternité que votre nouvel éditeur saura espérons-le mieux distribuer et vendre davantage que les 1500 exemplaires de votre Desfourneaux.
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Nemo
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MessageSujet: Re: Voulez-vous...   Voulez-vous... EmptyVen 30 Juil 2021 - 0:03

Pour être franc, je ne vois pas trop ce que je pourrais partager de plus sans divulgâcher quelque peu le contenu précis du livre...

Disons toutefois que quelques éléments que je pense tout à fait inédits figurent dans cet ouvrage, mais que pour l'essentiel, c'est surtout le rassemblement d'informations qui relève de la nouveauté.

Je pense que de tous les travaux entrepris sur le sujet, par essence, le plus proche de ce livre demeure le site de Michaël Nielsen.

Enfin, concernant les ventes, je n'en veux nullement à De Borée. Je reste, aux yeux des gens, un parfait inconnu sans diplôme universitaire pour confirmer du sérieux de mes travaux, et la peine de mort n'est pas le sujet le plus vendeur au monde. Je sais que François Foucart avait connu un tirage de 12000 exemplaires de son Anatole Deibler, mais il était chroniqueur judiciaire, homme de radio, et avait donc une notoriété professionnelle infiniment supérieure à la mienne.

Un "Histoire de la guillotine" signé par Christophe Hondelatte, Jacques Pradel ou Stéphane Bern serait, à mon sens, un potentiel carton.

Il faudra se contenter d'un Sylvain Larue.

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MessageSujet: Re: Voulez-vous...   Voulez-vous... EmptyVen 30 Juil 2021 - 9:11

Ayez je vous prie l'obligeance de m'orienter vers le site de Michaël Nielsen que je ne connais pas.

Je respecte votre attachement pour De Borée mais après vos Affaires criminelles par départements et vos Léandre Lafforgue qu'on vous y a semble-t-il suggérés pour vous lancer sur la piste de la fiction historique avec son réseautage de personnages inventés au premier plan et de personnages réels au second plan, avez-vous approché d'autres éditeurs pour votre Desfourneaux qui n'a rien à envier à l'Anatole Deibler de François Foucart, ou pour votre Histoire de la guillotine que je comparerais d'emblée aux célèbres recueils de G. Lenotre avec leurs nombreux chapitres courts et passionnants, avez-vous au moins tenté votre chance chez Perrin ou Fayard ou Tallandier, ou au Cherche midi ou au Rocher, ou encore du côté d'Albin Michel qui a certainement les moyens de revamper sa section essais qui hélas périclite depuis des lunes?

Pardonnez-moi si je suis trop indiscret ou si je mets votre modestie à mal par mon enthousiasme pour votre talent d'écrivain que je découvre avec un plaisir sans cesse renouvelé depuis la mi-avril que j'ai adhéré à votre Veuve.

Et puis en temps et lieu nous reviendrons à la nuit de l'exécution de Troppmann à la Roquette, une nuit scabreuse, une nuit éprouvante que le bon père de famille de huit enfants Nicolas Roch a apparemment pu s'épargner en tant que simple second d'Heidenreich laissé à trinquer avec l'«ivrogne» Grosholtz et le «petit vieux» Doublot!

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MessageSujet: Re: Voulez-vous...   Voulez-vous... EmptyVen 30 Juil 2021 - 11:18

Michael Nielsen ?
C'est le site de Bois de Justice : http://boisdejustice.com/Home/Main.html

Rassurez-vous, vous ne mettez pas ma modestie à mal.
Je ne suis pas modeste.

A la base, pour ne rien vous cacher, le projet des Léandre Lafforgue n'était pas spécialement voué à être publié chez De Borée, nous avions - mon ami Anthony Frot, instigateur du projet et autrefois mon directeur d'ouvrage pour les Grandes Affaires Criminelles, et moi - tenté d'envoyer le premier manuscrit à des maisons d'édition importantes, Fayard, Albin Michel... Nous n'avons essuyé que des refus, très rarement expliqués dans le détail. Pas énormément somme toute : au plus une dizaine.
C'est au final une éditrice de De Borée, Hélène Tellier, qui a accepté de lire les deux premiers manuscrits - j'avais entretemps écrit le deuxième tome - et qui a validé avec enthousiasme le projet.

Pour Desfourneaux, ce fut pareil : les grandes maisons que j'ai approchées n'ont pas été intéressées, ni par le thème, ni par le contenu.

Or, je suis quelqu'un qui se décourage en un claquement de doigts.
Si je suis satisfait de ce que je crée, ce n'est jamais que fugace, et il suffit d'une opinion négative pour que je remette en question le sérieux et la validité de mon travail dans son intégralité.
Si je m'enflamme, convaincu à tort par l'éventualité d'un succès, et que le sol se dérobe sous mes pieds, je m'effondre et il me faut des mois pour m'en relever.
Certains se sentent stimulés par le goût des obstacles et vont s'acharner coûte que coûte. C'est ainsi que dans ce monde, ce ne sont pas toujours les meilleurs qui réussissent, et qu'on y croise une bonne part de médiocres nantis d'une volonté de fer.
Ce qui n'est pas mon cas (au pire, je suis un tâcheron sans volonté).
Pour moi, "non" veut dire "non".
Pour moi, le "non" d'un éditeur veut dire "votre livre ne vaut rien, vous devriez éviter d'écrire et laisser la place à des gens qui savent ce qu'ils font."
Le "non" d'un chargé de casting musical signifie "Vous chantez comme une casserole, vous ne dégagez rien, et ce n'est pas la peine de vous entêter, vous n'avez aucun avenir."
Le "non" d'une femme équivaut à : "Tu as vu ton allure ? Tu crois sérieusement qu'une femme peut s'intéresser à toi ? Ne sois pas ridicule, on est trop bien pour toi."
C'est un tout.

En ce qui concerne Le Couperet de l'Eternité, c'est aussi à Hélène Tellier que je le dois. Partie vers d'autres horizons, elle a sollicité des auteurs qu'elle jugeait dignes de confiance, et m'a soumis l'idée de ce livre - de même que Joseph Vebret, un collègue auteur lui aussi, un homme en or qui avait à la base l'intention de faire lui-même le livre mais qui a préféré au final me confier le bébé en devenant le superviseur du projet.
Je pense qu'il y avait une volonté aussi de court-circuiter un autre projet paru voici deux ans chez des concurrents directs, et sur lequel the least said, the better.
Dans l'état, j'aurais trahi leur confiance si j'étais allé proposer le même livre chez d'autres éditeurs plus renommés.

Je fonctionne à la confiance.
Une miette de considération réelle, et je suis dévoué comme un chien fidèle pour une vie entière.
Moins, si je me sens humilié.
Toute ma vie se passe ainsi.
Je vais fermer là cette fenêtre donnant sur ma psychologie déséquilibrée et incurable.

Je signalerai un dernier détail, toutefois : les grandes maisons d'édition, sans rien enlever au sérieux de leur fonctionnement, ont, comme les petites maisons d'édition, leurs auteurs-phares qui tirent à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires, et leurs auteurs secondaires... Et le tirage de ceux-ci peut être vraiment TRÈS modeste.
Dans les deux maisons d'édition qui ont pris l'aimable pari de me publier, je demeure mieux loti que mes collègues.
En serait-il de même chez Perrin, Fayard ou Tallandier ?
Je pense que je ferais définitivement partie du clan des anonymes.

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MessageSujet: Re: Voulez-vous...   Voulez-vous... EmptyVen 30 Juil 2021 - 13:01

Merci Sylvain pour cette "mise en bouche" très appétissante.

Je comprends dans vos propos que ce monde de l'édition doit être un monde impitoyable.

Mais si vous comparez le "non" d'un éditeur au "non" d'une femme, alors revenez à la charge, car une femme veut se sentir désirée et répondre "oui" tout de suite c'est se dévaloriser à ses yeux. What a Face

Je pense que ceux qui réussissent sont aussi ceux qui persévèrent. A titre personnel j'ai vu des candidats à un job prendre des risques que les autres ne prenaient pas et c'est ce qui leur valut d'avoir une longueur d'avance et d'être embauché.

Je pense qu'il doit en être ainsi également avec les maisons d'édition, mais je vous concède (car je suis un peu comme vous) que ce n'est pas facile de ravaler sa fierté pour revenir à la charge.

Il est plus facile de dire comme Pascal Légitimus dans l'un de ses sketches: "je m'en vais comme un prince", que de mettre sa fierté de côté.

En tout cas, je ne peux que vous conseiller de persévérer car votre plume est non seulement très agréable, mais vous avez le bon goût de raconter ce qui ressort de vos longues recherches et non le fruit exclusif de votre imagination.

En tout cas, j'ai hâte que votre livre soit sorti. sunny

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Dauner
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MessageSujet: Re: Voulez-vous...   Voulez-vous... EmptyVen 30 Juil 2021 - 19:13

Ecrire est difficile, être publié encore plus.

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Titange
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MessageSujet: Re: Voulez-vous...   Voulez-vous... EmptyVen 7 Jan 2022 - 1:15

Depuis que vous m’avez confirmé qu’il a été expédié ad patres par le trio de Jean-François Heidenreich, Émile Grosholt et Placide Doublot, j’ai composé cet article sur Jean-Baptiste Troppmann, mon cher Nemo, et je le soumets aujourd'hui à votre sens critique pour parachever nos échanges au sujet du 19 janvier 1870.


«Ohé Troppmann! Ohé Troppmann!»


C'est la grand-messe de la crapule que la nuit de l'exécution de Troppmann le 19 janvier 1870, et peut-être est-ce parce qu'il l'a pressenti que l'exécuteur en second Nicolas Roch a préféré ne pas y officier aux côtés de son patron le très digne Jean-François Heidenreich?


Voulez-vous... Gettyi16


Il faut voir avec les yeux horrifiés d'Ivan Tourgueniev, dans le récit poignant qu'il en a fait, les milliers de curieux égrillards et avinés qui cette nuit-là assiègent la place de la Roquette en beuglant : «Ohé Troppmann! Ohé Troppmann!»

Une vraie «fex urbis», une vraie boue de la ville, pour reprendre le mot des Misérables rigoureusement contemporains de cette époque où l'école obligatoire n'existe pas encore et où la criminalité culmine dans l'histoire de l'Occident, à New York comme à Paris du reste - le démontre à l'envi le terrible Gangs of New York de Martin Scorsese.

Implanté au début du siècle pour tâcher de réformer les malfrats plutôt que de simplement les enfermer, le réseau des prisons centrales françaises héberge un sommet de 23,319 détenus en 1858 et s'étend à un maximum de 26 composantes en 1862 avant de se rétracter et de se dégarnir à la suite de la création de l’école gratuite et obligatoire au début de la décennie 1880 : 17 centrales et 12,218 détenus en 1889, 11 et 6,047 en 1908, 11 et 2,374 en 1938 et 6 et 2,245 en 1980 (1).

«Ohé Troppmann! Ohé Troppmann!»

À l'intérieur de la Roquette le 19 janvier 1870, l'omnipotent chef de la police de Sûreté Antoine Claude mène le bal, ou plutôt le banquet, autour des «bols de punch», de la «dinde truffée» et des «vins de grande classe» dont il régale ses convives (2).

En poste de 1859 à 1875, ce «Monsieur Claude», et donc au mieux à la fois avec les sbires du Second Empire finissant et les ténors de la Troisième République montante.

Pilier du régime finissant, le directeur de la maison d’arrêt, le sévère Laroche d'Oisy, s'est quant à lui retiré, boudeur, dans son bureau, et se désespère de rétablir un semblant de décorum.


Voulez-vous... 66557-11


Vers deux heures l'homme de théâtre Victorien Sardou cabotine avec Heidenreich qui déroge à sa componction habituelle pour l'incorporer à sa répétition de la guillotine comme mannequin emmanché dans une botte de foin : 

«The guests were charmed, relate Alistair Kershaw. The bourreau (...), caught up in the prevailing mood of geniality (...), explained the mechanism, pointed out little features with modest pride; Mr. Sardou was among the group : in a final spasm of hilarity, he insisted on being placed on the bascule. The headsman entered into the spirit of the thing, seized the humorous author, pushed him onto the plank. One of the bales of straw used to test the blade before each execution was laid where his neck should have been. The blade flashed down, sliced through the straw an inch or so away from Mr. Sardou's head. It was irresistible!» (3)


Voulez-vous... Avt_al10


Lui aussi monté aux côtés de Sardou sur la plate-forme installée devant la porte jaune focalisatrice de la prison, le polygraphe Albert Wolff est peu rassuré par la réaction de la foule à leur impromptu nocturne à en juger par ce qu'il écrit le surlendemain à la une du Figaro : «En nous voyant arriver sur l'échafaud, la foule se demande si l'on a devancé l'heure de la justice, et si monsieur de Paris va travailler au clair de lune; on entend des cris sauvages et nous voyons s'agiter les flots populaires. Au moment où nous redescendons de l'horrible machine, la foule désappointée pousse des hurlements féroces. Si on allait lui voler son exécution!»

En se remémorant cet épisode dans son Écume de Paris de 1885, c'est plutôt le premier aide d'Heidenreich cette nuit-là, le poivrot Émile Grosholt dont la carrière a été entrecoupée de révocations pour ivrognerie, que Wolff couche sur la bascule à la place de Sardou lors de ce vaudeville auquel participe également avec entrain le deuxième aide, le «petit vieux» Placide Doublot, né en 1797 :

«Nous rejoignîmes le bourreau. Précisément, on venait l'avertir que l'échafaud était terminé.
«- Suivez-moi, nous dit M. Heidenreich avec la satisfaction d'un homme qui va nous montrer sa collection de tableaux.
«Il faisait un clair de lune superbe. En nous voyant émerger sur la plate-forme, les amateurs (...) poussèrent des hurlements atroces; ils pensaient sans doute qu'on guillotinait la nuit; ils étaient exaspérés qu'on leur volât de la sorte le spectacle qu'ils attendaient; il se fit au loin un mouvement effrayant. Du haut de l'échafaud, je voyais les masses s'agiter (...); ce fut, pendant un instant, comme un commencement de révolution (...) Puis, sans doute sur des explications fournies par les officiers de paix, le calme se rétablit.
«M. Heidenreich, avec une entière bonne grâce, nous fit les honneurs de la guillotine; il était assisté par son premier aide qui voulut bien se placer devant la planche et basculer comme un condamné. Un petit vieux, le coiffeur de la bande qui, plus tard, devait couper les cheveux à Troppmann, appuya ses deux mains sur les reins du faux condamné étendu sur la bascule et dit, d'un ton dégagé, ces mots qui me firent froid dans le dos :
«- Je les tiens ainsi pour les empêcher de gigoter!
«Sardou, qui est pourtant un tempérament fort, en avait assez, lui aussi.
«- Descendons, me dit-il!
«Je ne demandais pas mieux; depuis un bon moment déjà je regrettais d'être venu.»

En retrait Tourgueniev, maussade, se débat avec la culpabilité qui l'étreint : «Je ne montai pas sur la plate-forme : le sentiment d'un (...) péché inconnu et d'une honte secrète augmentait (...) en moi. Peut-être dois-je rapporter à ce sentiment que les chevaux (...) qui mangeaient tranquillement de l'avoine dans des sacs devant la porte de la prison m'aient paru les seuls êtres innocents parmi nous».


Voulez-vous... Sap01_11


D'un cynisme triomphant, le fondateur du Petit Journal Polydore Millaud, persuadé qu'une affaire criminelle ne rejoint son public maximum que si une femme y est associée, explique à Antoine Claude a quel point il a réussi à battre monnaie avec Troppmann en s’apitoyant sur le désespoir que sa disgrâce aurait inspiré à sa soeur après en avoir fabriqué de toute pièce un personnage.

À la dinde truffée succède à présent des «bols de chocolat» (4).

À mesure que la nuit progresse et que l'affluence grossit, selon Le Moniteur du 20 janvier, de «15 à 20,000 personnes» contenues à grand peine par les officiers de paix - 194 sergents de ville d’après Maxime Du Camp (5) -, le «brouhaha» de minuit se mue, dans un hors-là wagnérien, en un «bourdonnement colossal» :

«Le brouhaha de la foule devenait toujours plus fort, plus épais et ininterrompu, remarque Tourgueniev. Mon ouïe ne saisissait pas les propos individuels. Quelquefois seulement (...) perçait le glapissement aigu des crieurs qui vendaient une brochure sur Troppmann, sur sa vie, son exécution et ses dernières paroles (...) Ce brouhaha m'étonnait par sa ressemblance avec les mugissements lointains du flux et du reflux de la mer, le même crescendo wagnérien infini qui ne monte pas régulièrement, mais avec de grands chuchotements et des déversements gigantesques. Les notes aiguës des voix des femmes et des enfants jaillissaient comme des éclaboussures fines sur le bourdonnement colossal» (6).

«Vers trois heures (...) un bruit rythmique de pas scandés s’accusa, que dominait le hennissement des chevaux : c’était la garde de Paris qui arrivait; cent vingt hommes à pied, quatre-vingts à cheval, ouvrirent la masse des curieux et se déployèrent sur la place (...) Un peu plus tard vingt-six hommes à cheval de la gendarmerie de la Seine (...), grandis par leur (...) bonnet à poil, vinrent former un demi-cercle en face de l'échafaud (...) On sent que le drame s'accélère et qu'il touche à sa fin» (7).

À «7 heures moins une minute», quand s'entrebâillent les battants de la porte jaune, la voûte du ciel est ébranlée par un immense clameur - «le choeur grondant n'allait plus crescendo, mais il hurlait victorieusement, joyeusement» -, une immense clameur qui à l'apparition du condamné se résorbe dans un silence anhélant, «un silence sans respiration (...) Puis quelque chose gronda sourdement (...) et éructa comme si un grand animal eût craché», conclut Tourgueniev en fermant les yeux sur la becquée prélevée par Troppmann sur la main d'Heidenreich déjà meurtrie une première fois naguère, le 31 janvier 1855, par le dénommé Raymond Lescure «en proie à une violente contraction nerveuse» selon Le Constitutionnel du 1er février.

«Monsieur de Paris, calme et tranquille, descend de l'échafaud, complète Wolff; Troppmann, au moment décisif (...), l'a mordu (...); avec son mouchoir il essuie le sang (...), tire un cigare de sa poche et vient à moi, me demandant si j'ai des allumettes».

Conçus pour effrayer les criminels en puissance, de telles exécutions ne sont pour eux, de l'avis de Du Camp, qu'un prétexte à défoulement au sein de la multitude, l'espace d'une nuit carnavalesque : «L'édification de ce spectacle n'existe pas du tout. À peine le millième de la foule, pas plus de cinquante à soixante personnes, a-t-il pu, dans le crépuscule de cette heure matinale, à une distance de plus de cinquante pas, voir quelque chose à travers les lignes de soldats et les croupes des chevaux. Et les autres? Quelle utilité, si minime qu'elle soit, ont-ils pu tirer de cette nuit d'insomnie, d'ivresse, de fainéantise et de perversion?»

______________________

(1) Jean Papail, Contribution statistique à l'étude de la population pénale au XIXe siècle (1851-1910), Direction de l'Administration pénitentiaire, Ministère de la Justice, 1981, p. 45, 48 et 50; Frédéric Nabucet, La population pénale métropolitaine de 1911 à 1939, Direction de l'Administration pénitentiaire, Ministère de la Justice, 1981, p. 17; Jean Favard, Le Labyrinthe pénitentiaire, Éditions du Centurion, 1981, p. 16-17.
(2) Pierre Bouchardon, Troppmann, Éditions Albin Michel, 1932, p. 244-245.
(3) A History of the Guillotine, John Calder, 1958, p. 72.
(4) Tourgueniev, L'Exécution de Troppmann.
(5) Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle, 1869-1875, tome III, 16, 3.
(6) L’Exécution de Troppmann.
(7) Du Camp, ibid.
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Titange
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MessageSujet: Re: Voulez-vous...   Voulez-vous... EmptyMar 27 Déc 2022 - 0:25

Le 6 janvier dernier Nemo m'a personnellement adressé les lignes suivantes que je me permets de livrer aujourd'hui à nos lecteurs, après réflexion, à la fois pour rendre justice à son savoir encyclopédique et pour compléter leurs renseignements sur l'affaire Troppmann :

Bonsoir Titange,

votre texte est fort bien, comme toujours, cependant la mention même de Nicolas Roch dans le premier paragraphe est une erreur.

A cette date, Roch est alors bourreau de la cour d'appel d'Amiens, et par conséquent pas le subordonné d'Heidenreich, mais toujours son homologue : s'il lui est de toute évidence arrivé plusieurs fois de venir prêter main-forte à son collègue parisien de 1853 à 1870, c'est plus souvent l'inverse qui se produit, car au fond, une équipe de trois exécuteurs comme celle qui exerce dans le ressort de la cour d'appel de Paris peut suffire à mener à bien l'exécution proprement dite.

C'est une chose qu'on reverra un siècle plus tard avec l'équipe finale de 1976-1981, composée uniquement de Chevalier/Dehaes/Cheny (Eric Chevalier n'a pas personnellement participé ni au supplice de Carrein, ni à celui de Djandoubi). D'ailleurs, il semble bien qu'avant l'utilisation de la Berger, "l'escamotage" des dépouilles des suppliciés n'était pas une priorité, et qu'on continuait à lier les patients à la bascule des antiques Schmidt ou de leurs copies, comme du temps de la Révolution. Nul besoin d'un "photographe" à temps complet, ou bien d'un positionnement particulier pour faire choir en une fraction de seconde le corps dans le panier latéral...

Par conséquent, quand Heidenreich se rend en Picardie, il fait office d'aide à son tour, et c'est Roch qui libère le couperet. Ce sera le cas deux jours après la mort de Troppmann à Beauvais. Je suppose d'ailleurs que le très court délai entre ces deux mises à mort explique l'absence de Roch : étant chargé de la gestion administrative de l'exécution, il doit aussi planifier le transport de sa propre bécane de la Somme à l'Oise, périple sans doute raccourci par la présence du train entre les deux préfectures, mais qui nécessite une planification scrupuleuse. Aurait-il pu y parvenir en devant être présent le 19 à Paris ? Rien n'est moins sûr.

Les statuts officiels de premiers aides et de seconds aides n'ont été au fond établis (même s'ils existaient d'une certaine manière jusqu'en 1832, quand on commença à réduire de façon importante les effectifs départementaux) qu'à la création de l'équipe nationale d'exécuteurs, suite à la loi Crémieux du 25 novembre 1870, appliquée de fait à compter du 24 juillet 1871 avec la titularisation d'anciens bourreaux, mis à la retraite depuis le 1er janvier précédent.

En vous souhaitant une excellente année à venir !

itto aime ce message

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